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L’une des plus belles photos de Gust Graas a été prise par Raymond Clement en 1985. Il m’a raconté !



Le tableau sur le chevalet dans l’atelier du Senningerberg est en cours de réalisation. Et ceci depuis une semaine. Exceptionnel pour Gust. En général, il achève un tableau par nuit, peut-être une nuit supplémentaire pour une rectification. Pourtant, l’artiste n’est pas à court d’inspiration. Il prend tout son temps pour se concentrer sur ses dessins. Sa table est couverte de dessins en pastel, des déclinaisons de raisins. Gust tient son verre d’Auxerrois vers la lumière. Il contemple sa belle robe et se laisse aller à un dernier jet. Celui-ci devrait plaire à VinsMoselle. Ils lui ont demandé de concevoir l’étiquette de l’Auxerrois Château de Stadtbredimus 1985. Gust va leur envoyer tous ses dessins, mais il est sûr que ce dernier sera également leur favori.

Raymond Clement s’est annoncé aujourd’hui dans l’atelier de Gust. Il est chargé par Vinsmoselle de photographier tous les artistes, qui ont produit des étiquettes pour leurs bouteilles. En bon professionnel, il raconte ses débuts de photographe pour mettre l’artiste à l’aise :


« J’ai commencé comme jeune photographe chez Tony Krier, le studio bien connu à Luxembourg. Mon patron n’a pas eu le temps d’aller au Festival de Wiltz pour y assurer la commande d’un reportage images. Je me suis proposé. La chance de ma vie ! C’était en juillet 1970. J’étais assis dans la fosse d’orchestre. En face de Duke Ellington. J’étais si fasciné par cette musique de jazz, que j’oubliais de faire des photos. Je voyais que Duke, aveugle pourtant, communiquait avec ses musiciens par ses yeux. Alors, je me suis dit, qu’il fallait que je prenne ses yeux en photo. J’ai réussi cette photo. Et elle a fait le tour du monde. Depuis, j’ai photographié tant de musiciens de jazz. »


Raymond a réussi à mettre Gust en confiance. Mais lui-même est bien nerveux. Car Gust, contrairement aux autres artistes de VinsMoselle, comme Robert Brandy, Ger Mass, Isabelle Lutz ou Patricia Lippert, n’est pas seulement un artiste, mais aussi son patron : Raymond Clement travaille comme caméraman à RTL. Il essaie de se calmer. Le son du battement de son cœur remplit ses oreilles, comme les bombardements pendant sa naissance le 23 décembre 1944. Panique pure. Maintenant, c’est Gust, qui le met à l’aise :


« J’ai adoré ton livre de photos des plus grands jazzmen chez RTL Éditions ! Et aussi, je n’entends que des compliments sur ton émission de jazz chez les Luxembourgeois. »


Raymond respire profondément. Il se concentre. Il installe consciencieusement les deux projecteurs pour éclairer l’artiste et son œuvre. L’atelier restera dans la pénombre. Fasciné, Raymond suit la naissance d’un tableau. Le ballet des pinceaux, des spatules, des chiffons. Gust lui demande de temps en temps :


« Ça te plaît ? ».


Raymond prend des photos, inlassablement, jusqu’à l’achèvement du tableau. Trois heures en pleine concentration du peintre et du photographe. Deux artistes, un feu d’artifice de créativité commun. Le tableau achevé, Raymond range ses projecteurs, puis sa caméra, quand une attaque de panique l’inonde… sans raison ? Il regarde son appareil. Il a pris bien trop de photos. Et son intuition se confirme : il a oublié de charger un film. Que faire ! Impossible d’avouer cet oubli à son patron. Une idée lui vient :


« Monsieur Graas, vous peignez toujours avec cette lumière faible ? »


L’artiste sourit et désigne la vieille lampe de bureau fixée avec un fil de fer sur le haut du chevalet :

« Mais oui, une ampoule de 60 Watt. Je n’éclaire que mes couleurs et mon tableau.

  • J’aimerais bien prendre quelques photos dans cette ambiance intime. »

De bon cœur, Gust se reprend au jeu et dépose son pinceau une demi-heure plus tard. Raymond part tout heureux avec des portraits de son patron sur sa pellicule. Il se promet de ne plus jamais refaire cette bêtise de débutant.

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