Exposition de Gust Graas
KINDERWELTEN
Galerie A Spiren Strassen
27 novembre au 14 décembre 2025

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Les enfants du peintre
L’exposition s’ouvre sur un portrait de Gust enfant, peint par son père, premier maître et inspirateur. C’est lui qui lui a transmis le goût du dessin, que Gust cultivera toute sa vie avec une discipline quotidienne.
Très vite, il délaisse les paysages pour se consacrer à ce qu’il aime le plus : les êtres humains. Sa famille devient son premier univers. Sa femme et ses enfants inspirent des œuvres empreintes de tendresse, comme Ponytail, Grand sourire ou Enfant endormi.
Sous le ciel de Provence naît La fille au chapeau, tandis que Jalousie réunit ses deux filles dans les années 1960. Nouvelle coupe de cheveux et Le bonheur de ses parents célèbrent, chacun à leur manière, la douceur du lien familial.
Destinées à la maison familiale, ces toiles forment une chronique intime. Mais déjà, avec Jupe rouge (1959), l’artiste s’ouvre à l’imaginaire : l’enfant devient figure universelle, annonçant une nouvelle étape — celle des enfants nés de son imagination et offerts au regard du public.
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Regards d’enfants
En janvier 1965, Gust Graas présente sa première exposition individuelle, intitulée Zur Liebe der Menschen — Pour l’amour des hommes. Son style, encore figuratif mais déjà traversé d’une expressivité libre, s’attache à traduire la sensibilité de l’être humain. Parmi ses figures, les enfants occupent une place privilégiée.
La toile La petite fille triste (1965) en est un exemple saisissant : regard mélancolique, posture fragile, émotion contenue. Déjà, dans La Fille aux bas jaunes, le peintre révèle sa capacité à saisir le langage du corps, sa tension silencieuse et sa grâce naturelle. Pour cette œuvre, il réalise exceptionnellement une esquisse, signe de l’importance qu’il accorde à la justesse du geste et à l’équilibre des formes.
Dans une toile plus tardive Robe trapèze, désormais marquée par des influences cubistes, la fille aux bas jaunes réapparaît, stylisée, réduite à l’essentiel : des volumes géométriques, des lignes fermes, des couleurs limpides. L’émotion, elle, demeure intacte — transposée dans la pureté du dessin.
Plus tard, Gust poursuit son exploration de la jeunesse à travers Jüngling et Portrait d’un jeune homme, où s’affirment cette fois des adolescents confiants, tournés vers l’avenir.
À la fin de sa vie, malgré les épreuves qui ont momentanément ébranlé ses facultés, il retrouve son geste, son élan, et revient à ses thèmes de jeunesse. Dans Zipfelmütze, peint durant la dernière année de sa vie, il représente une fillette pleine d’énergie, coiffée d’un bonnet rouge — comme un dernier clin d’œil à l’enfance, à la vitalité et à la joie de peindre.
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Créatures du monde imaginaire
Dans cette partie de son œuvre, Gust Graas fait naître des personnages venus tout droit de l’imaginaire enfantin.
Beaucoup sont inspirés des histoires du soir qu’il racontait à ses enfants et petits-enfants : La bonne fée, La princesse et son château, des nains malicieux dans leur royaume Im Zwergenland. Ces figures, issues du merveilleux, peuplent un univers tendre et rassurant, où l’enfance se déploie dans toute sa magie.
À côté de ces contes, d’autres personnages naissent de la vie réelle, transformée par le rêve. Les visites au cirque donnent ainsi La fille acrobate et La femme clown, cette dernière réinterprétée en 2024 par Marie-Louise Kirsch et Gio Rinaldis sous forme de tapis. L’œuvre allie l’amour de Gust pour la féminité et pour les êtres imaginaires.
Le peintre explore aussi le lien de l’enfant avec le monde animal. Dans Ver de fleurs, un être hybride relie la nature végétale à la vie animale, tandis que Madamm Hémelsdéierchen, une coccinelle élégante, se pare de grâce et de coquetterie. Dans le dessin Sech aus dem Stepps machen, une file d’insectes défile en cadence — sauf le dernier, qui s’échappe discrètement, « ni vu ni connu ».
L’univers de Gust Graas joue souvent avec la surprise et le détournement.
Dans Couvercle Sunvibes, un dessin inséré dans une boîte d’emballage, le spectateur doit retourner la boîte pour découvrir la suite du conte. L’oiseau bleu, lui, affronte « la force rouge » à coups d’ailes puissantes, les pattes bien ancrées au sol.
Les toiles deviennent parfois de véritables aventures visuelles : Zèbre sur roue glisse dans le rêve, suivi d’oiseaux multicolores et d’un personnage enrubanné de rouge. Pasqua et Les bêtes de la nuit évoquent, quant à elles, ces peurs enfantines du noir, où monstres et créatures fantastiques s’agitent dans la pénombre.
Avec Le début du conte, l’histoire s’amorce : petites bêtes et cruches à deux pieds animent un monde absurde et drôle. Dans Le Dinosaure, la bête terrifiante est domptée, enfermée dans un cadre brun, à distance du monde clair et apaisé de l’enfance — comme le lama d’Escapade péruvienne, lui aussi tenu à l’écart.
Enfin, Premières rencontres évoque la rencontre d’êtres imaginaires dans leurs sphères flottantes, séparés du réel. Les teintes douces des zones supérieure et inférieure encadrent une scène centrale plus vive, contenue et équilibrée.
Finalement La main magique, symbole d’un pouvoir bienveillant et créateur — une main à dix doigts qui change le monde.
Dans cet ensemble, Gust Graas déploie un monde magique et rassurant, où la fantaisie et la couleur deviennent le langage de l’enfance.
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Au rythme des petits jours
Dans l’univers de Gust Graas, l’enfance n’est jamais lointaine. Elle vit dans les gestes simples, les jeux improvisés, les petits objets du quotidien qui deviennent, sous son regard, matière à rêverie. À la finca de Majorque, pendant leurs vacances, ses petits-enfants inventent des mondes avec presque rien : des bouts de bois, des bobine de fil coloré, un porte-monnaie. Gust les observe, les accompagne, et transforme ces instants en œuvres où se mêlent tendresse, humour et poésie. Ces instants de fantaisie sont immortalisés dans de petites œuvres pleines de tendresse, telles que Geldbeutel, Mikado et Farbenzwirn.
Il capture les plaisirs simples de l’enfance : les rires et mouvements dans Jeux d’enfants, la vitalité bucolique de Gambades dans le pré, ou encore la passion de la vitesse dans Jean et sa trottinette. Dans C’est compliqué, il rend hommage à l’imagination débordante des plus jeunes, à leurs inventions et à leurs mondes secrets.
Mais Gust ne se contente pas de célébrer la légèreté du jeu. Il s’interroge aussi sur l’avenir et la destinée des enfants, comme dans L’enfant et son destin. Le tableau Kinderstube, peint en 1986 puis repris en 1989, reflète cette évolution intérieure : la sérénité retrouvée de la retraite se traduit en douceur et en réflexions nouvelles.
Enfin, le peintre aborde avec bienveillance les aspects plus sérieux de la vie enfantine — les devoirs, la rigueur, l’apprentissage — dans Devoirs d’écolière et Das Sparschwein. Et il révèle la poésie du quotidien dans Petits trésors, où une fillette cache ses trouvailles dans un lieu secret, gardé comme un jardin intérieur.
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Famille et tendresse
Pour Gust, la famille est un pilier de vie. Issu lui-même d’un foyer aimant, il a toujours gardé des liens profonds avec les siens. Cet ancrage affectif a façonné sa personnalité, à la fois forte et sensible.
Il aimait célébrer les moments de joie partagés, comme en témoigne Fête de famille, créé pour les 80 ans de Lydia — un menu personnalisé pour chaque convive. Les douceurs du quotidien, telles que les fins de repas autour d’un gâteau, se retrouvent dans Mier feieren Gebuertsdaag.
Dans son regard sur la relation père-enfant, Gust évoque d’abord une certaine distance, comme dans Devenir papa, avant de montrer un lien qui s’affermit au fil du temps, dans Sur les épaules du père ou le tableau plus romantique Die vorsorgliche Familie, où le père semble plus attentif que la mère.
L’amour maternel, quant à lui, est souvent idéalisé — tendre et lumineux dans Tendresse, plus retenu dans Mère et fille. Il devient réflexion sur l’éducation dans Gedanken über TV, où la mère tente de préserver l’enfant de certains mots entendus à l’écran.
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Peindre comme un enfant
Tout au long de sa carrière, Gust Graas conserve une liberté de trait et une fraîcheur de regard proches de celles des enfants. Dans certaines œuvres, le pinceau semble retrouver la spontanéité du jeu, la joie de peindre sans contrainte — comme si l’enfance elle-même guidait la main de l’artiste.
C’est surtout lorsqu’il veut exprimer l’amour de la vie, comme dans Flottante et Bailadoras negras (2016), qu’il abandonne toute fioriture artistique. Un autre dessin, Quatre danseurs, traduit avec la même simplicité la joie de se perdre dans la danse.
Dès les années 1970, il ose la couleur vive et directe : la découverte du pastel en 1971 ouvre une période lumineuse, pleine d’élans nouveaux. Avant le tournant du siècle, l’huile Pensées compartimentées (1997) adoucit ces éclats en une atmosphère aérienne et rêveuse.
Quinze ans plus tard, les teintes éclatantes deviennent la règle dans Rêves d’enfant ou dans les petits tableaux Fantôme de la tour et Coléoptère affamé. On retrouve cette même simplicité colorée dans le superbe dessin Weekend à la plage.
Deux tableaux épurés à l’extrême tournent autour du thème du repas : La table vide, où la table et les chaises ne sont plus que quelques traits essentiels, et Délice Fauchon, où le personnage collé évoque, avec humour, un dessin d’enfant.
Enfin, un simple morceau de tissu devient Pantalon d’artiste, un collage tout en malice.
Provocation ?
Peut-être.
Ou simplement le plaisir de peindre comme un enfant, libre de toute contrainte.
































































